vendredi 19 janvier 2018

Parachas 13/23 : L'Exode.

Vers les précédentes parachas: Genèse.

13/54. Vendredi 5 janvier 2018
Chemot שמות / Noms.

Sébastien Bourdon
Moïse sauvé des eaux, vers 1650.

Genèse 1, 1 - 6, 8: Les Hébreux sont réduits en esclavage. Les nouveaux-nés mâles sont jetés dans le Nil. Par une intervention massive des femmes dans l'histoire du monde, entourée de ses compagnes la fille de Pharaon recueille l'un d'eux, placé sur un panier flottant. Elle l'élève comme son fils sous le nom de Moïse. Après avoir tué un Égyptien qui battait un Hébreu, il est forcé de s'enfuir à Midian. Il y épouse Tsipporah et devient berger des troupeaux de Jéthro, son beau-père. Dieu apparaît à Moïse dans un buisson ardent au pied du Sinaï. Il lui ordonne d'enjoindre Pharaon de laisser partir son peuple en lui prouvant par divers prodiges qu'il parle en Son Nom. Pharaon refuse et redouble sa persécution. Moïse proteste devant Dieu d'avoir fait du mal à ce peuple. Dieu lui promet la proche délivrance.

Lorsque Pharaon ordonna à deux sages-femmes (encore des femmes) de tuer tous les mâles, respectueuses de toute vie elles dirent: «Les femmes des Hébreux ne sont pas semblables aux Égyptiennes: car elles sont habiles; avant même que la sage-femme n’arrive auprès d’elle, elles ont déjà mis au monde». Mentaient-elles pour sauver elles aussi leur vie et refuser ainsi ce premier massacre des Innocents? Ou alors, ouvrant de ce fait la voie au premier maître, prédirent-elles comment, mille ans plus tard, une autre femme, Marie, donna vie à son garçon Jésus, en dépit là aussi des recensements et des massacres d'État?

Leur parole d'hommes, celles de Moïse et de Jésus, s'élèvera du fond de la plus grande faiblesse. Moïse fut fait bègue: «De grâce, Seigneur, je ne suis pas un homme de paroles, j’ai la bouche lourde et la langue embarrassée. De grâce, Seigneur, envoie donc quelqu’un d’autre». — © Irma Cordemanu, 2018.

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14/54. Vendredi 12 janvier 2018
Va'era ואר / Et J'apparus.

Bartholomeus Breenbergh
Moïse et Aaron changeant l'eau du Nil en sang, 1631.
Exode 6:2–9:35: les quatre expressions de la délivrance: sortir les Hébreux d'Égypte, les délivrer de la servitude, les rédimer et en faire son peuple élu au Sinaï. Moïse et Aaron demandent à plusieurs reprises au Pharaon de laisser partir son peuple. Pharaon refuse. L'Égypte est alors accablée de sept plaies. Rien n'y fait.


«L'Éternel dit: "Quant à Moi J’endurcirai le cœur de Pharaon et Je multiplierai Mes signes et Mes merveilles dans le pays d’Égypte. Et Pharaon ne vous écoutera pas et Je porterai Ma main sur l’Égypte". (...) Pharaon dit: "Je vais vous envoyer et vous sacrifierez pour l’Éternel votre Dieu dans le désert, seulement ne vous éloignez pas trop; implorez pour moi".»



Pharaon n'a-t-il été que le jouet d'un plan supérieur? Ou bien, lorsque ses magiciens eux-mêmes rendirent les armes devant les fléaux et lui certifièrent l'impuissance de leurs dieux, Pharaon, convaincu en fait de la force du Dieu de ses esclaves s'entêta dans sa propre impiété. À tout instant, il était en réalité en mesure d'exercer son libre arbitre et sa responsabilité. Devant l'injustice, invoquer la supposée volonté de Dieu est un crime.— © Irma Cordemanu, 2018.

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15/54. Vendredi 19 janvier 2018
Bo בא / Va. 

«En signe sur ton bras et en ornement entre tes yeux», Exode 13, 16.
Exode 10, 1–13, 16. Les trois dernières plaies sur l'Égypte. Établissement du calendrier lunaire. La mort des premiers-nés brise Pharaon. Après 430 ans passés en Égypte, c'est l'Exode: les enfants d'Israël quittent en toute hâte l'Égypte sans laisser au pain le temps de lever. Il en sort la consécration du premier-né, la prescription annuelle de la galette azyme, l'ordonnance du repas de Pessah, et le port quotidien sur les bras et la tête des phylactères (dits Tefilines, image ci-dessus): «en signe sur ton bras et en ornement entre tes yeux».

«Égypte, si je t'oublie». En effet, les pères enseignent à leurs enfants de n'oublier jamais que, si l'Égypte fut terre de servitude, elle fut d'abord le pays hospitalier à Joseph (qui en devint son gouverneur) et à ses descendants.

Le français traduit le mot Pessah par "la Pâque". La sortie d'Égypte se fit au printemps, pour devenir premier jour du nouveau calendrier lunaire: mars était le premier mois à l'époque romaine et jusqu'en 1622, dans les pays chrétiens, l'année débutait le jour de Pâques.
Porteur de nombreux autres sens, Pessah veut dire "Passage" ce que l'anglais Passover a conservé, pour insister sur le "saut" d'une saison à l'autre, de la nuit à la lumière, de la mort à la vie: ainsi sauta Dieu au-dessus des maisons juives pour tuer les premiers-nés de l'Égypte, dixième plaie — et nombreuses aujourd'hui sont les danses populaires du printemps, en Roumanie comme ailleurs, où on saute sur un pied ou d'un pied sur l'autre.
Le mot désigne aussi l'agneau pascal (saute-mouton?) qui doit être rôti au feu et mangé «les reins ceints, vos chaussures aux pieds, vos bâtons à la main et vous le mangerez à la hâte. C’est l’offrande de la Pâque pour l’Éternel».
Enfin le mot veut dire "la bouche qui raconte". Et, chaque année, au soir de la Pâque, les pères lisent aux enfants la sortie d'Égypte, comme pour leur dire que la réalité ne prend forme que par le récit que la bouche en fait.

Mais tous les sens nous apprennent la même chose: à côté d'un exode mythique et légendaire à la Cecil B. de Mille, il s'agit pour chacun chacune de sortir chaque jour de sa propre Égypte. Égypte, si je t'oublie.— © Irma Cordemanu, 2018.

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