mardi 30 janvier 2018

30 janvier: fête des trois Saints Hiérarques.


Église et monastère des Trois-Saints-Hiérarques à Iași (1639) en Moldavie.
Jadis couverte d'or, d'argent et de lapis lazuli,
trente frises différentes font des façades une dentelle de pierre.
• Basile le Grand (329-379), né à Césarée, royaume de Bérénice chère à Racine et à Marguerite Duras, il en fut l’archevêque. Par sa grande règle: «Dieu veut que nous ayons besoin les uns des autres», il affirme l’égalité et la dignité des hommes, la légitimité et les limites de la propriété: «Posséder plus que nécessaire, c’est frustrer les pauvres, c’est voler».

• Grégoire de Nazianze (329-390). Compagnon de désert de Basile et archevêque de Constantinople, appelé le Théologien «comme le sont les enfants qui, le jour des Rameaux, acclament le Christ», une théologie contemplative fondée sur le silence et les hymnes. Il fut en particulier un défenseur des droits de la femme: ainsi de la Lettre à Olympias, où il constate que la femme doit faire l’éducation de son mari.

• Jean Chrysostome (349-407) d’Antioche, «chrysostome = bouche d’or ». Autre archevêque de Constantinople, son combat principal fut une dénonciation politique de la cour impériale et de l’Église. L’impératrice lui interdit d’exercer sa fonction épiscopale et l’exila. Poursuivi par l’armée impériale, il mourut d’épuisement en route, à Comane.

Trois saints du IVe siècle, dits aussi «Trinité terrestre», engagés pour abreuver la surface de la terre et la vivifier.

dimanche 28 janvier 2018

Petit carême (1): Le publicain et le pharisien.

     LE CYCLE PASCAL s'ouvre par Le Triode qui prépare Pâques (J) en trois temps: le petit carême, le grand carême et la semaine sainte, jusqu'aux Rameaux.

     I. LE PETIT CARÊME comporte quatre dimanches préparatoires. Ces trois semaines sont consacrées à la méditation, à la prière et à la préparation du grand carême.
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     1. J-70. Premier dimanche, dit du publicain et du pharisien. Il ouvre une semaine de réflexion sur l'humilité envers les autres et sur la grâce divine.

     • Pour certains qui, convaincus d'être eux-mêmes des justes, dédaignent tous les autres, il dit aussi cet exemple: «Deux hommes montent au Sanctuaire pour prier, l'un est Paroush, l'autre un gabelou. Le Paroush se plante debout, prie ainsi en lui-même: "Je te remercie, Elohîms, de ne pas être comme le reste des hommes: voleurs, injustes, adultères, ou même comme ce gabelou. Je jeûne deux fois la semaine et je dîme tout ce que je possède". Le gabelou se tient à distance et ne veut même pas lever les yeux au ciel. Mais il se frappe la poitrine et dit: "Elohîms, secours-moi, moi le fauteur!" Je vous dis: celui-ci descend justifié dans sa maison, celui-là non. Tout homme qui s'élève est humilié, qui s'humilie est élevé.» — Luc 18, 9-14, traduction d'André Chouraqui. — James Tissot: Le publicain et le pharisien, 1886-1894.— © Irma Cordemanu, 2017.

- 70. 28 janvier 2018. Septuagésime et premier dimanche du petit carême: Le pharisien et le publicain, Luc 18, 9-14.
Ainsi des familles mangent plus souvent qu'à leur tour coquillettes à la margarine et bintje en filets afin de s'abonner sur Netflix à des films pour un euro par jour, tandis que, de leurs pugilats de supermarché en boucle sur Youtube, rient des noctambules au dîner après spectacle, cent cinquante euros peut-être. Sans compter ce que leur coûtent en paisibles Nutella au prix fort leurs sveltes progénitures. «As-tu encore besoin de condamner ce publicain?» leur demande depuis longtemps Jean Chrysostome (344-407).  — © Irma Cordemanu, 2018.

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2. J- 63. Deuxième dimanche, dit du Fils prodigue.

vendredi 26 janvier 2018

Églises mobiles de Roumanie: Eugeniu Iordăchescu.

Photographie: Anton Roland Laub.
  Il était une fois un pays gouverné par un couple de tyrans, Nicolae et Elena Ceaușescu. Lors d'un voyage en lointaine Asie, en Corée du nord, ils furent impressionnés par les réalisations de l'homologue de Pyongyang au point de décider de raser le centre de Bucarest pour faire place au quartier gouvernemental. Afin d'être définitivement sûr que le quartier soit traversé par la plus large des avenues, boulevard de la Victoire du Socialisme, le Conducător fit ouvrir une brèche de quatre-vingt-dix mètres de large. Trente mille résidents expulsés de leurs maisons, tout le quartier historique, environ neuf mille maisons, des églises, des synagogues et d'autres bâtiments démolis, un cinquième de la capitale fut rasé, aujourd'hui dominé par le Palais du Peuple, deuxième plus grand bâtiment administratif du monde après le Pentagone.
  Séduit par une petite église orthodoxe, Schitul Maicilor / l'Ermitage de sœurs, érigée en 1726, un ingénieur au centre d'ingénierie et de design du Project Institute à Bucarest, Eugeniu Iordăchescu, est résolu à la sauver. Comment faire? se demandait-il à une terrasse de café, lorsqu'il vit le serveur porter des verres sur un plateau sans rien renverser: «J'ai vu que le secret des verres qui ne tombaient pas était le plateau, alors j'ai commencé à essayer d'appliquer un plateau au bâtiment». Il imagina de détacher l'église de ses fondations, la poser sur un plateau en béton armé et la soulever à l'aide de vérins hydrauliques et de poulies industrielles pour la transporter sur des rails.

Schitul Maicilor en mouvement.
Photographies d'Eugeniu Iordăchescu, juin 1982.
  Malheureusement pour l'incrédule — un croyant en somme — tyran qui, certain que l'église ne résisterait pas à la manœuvre, avait donné son accord verbal, après cinq mois de préparatifs, les sept cent quarante-cinq tonnes de l'église et ses belles peintures extérieures parcoururent en juin 1982 deux cent quarante cinq mètres à moins de trois mètres par heure, pour finir coincées derrière le lourd siège du Service de renseignements (SRI, successeur de la redoutable Securitate).
  Neuf autres lieux de culte, dont sept à Bucarest, furent ainsi déménagés et occultés aussitôt par de nouvelles masses de béton. Érigée en 1594 par le prince Michel le Brave, l'église Mihai Voda du XVIe siècle et sa tour autonome (réalignée sur l'église au passage) parcoururent en tandem deux cent quatre-vingt neuf mètres, avec une descente de six mètres. Question poids, le record est détenu par le monastère d'Antim (ou Palais synodal), dont les neuf mille tonnes, sous-sol compris, furent déplacées de vingt-quatre mètres et pivotées de treize degrés.

L'église Mihai Voda / Michel le Brave, et sa tour, en mouvement,
photographie d'Eugeniu Iordăchescu.
  À Bucarest et dans d'autres villes, Iordăchescu a fait déplacer un hôpital, une banque, des immeubles entiers avec leurs occupants et leurs conduites de gaz et d'eau. — © Irma Cordemanu, 2018.

  PS. Dans un contexte démocratique, une opération semblable fut menée en 1954 sur le Vieux-Port à Marseille, où l'Hôtel de Cabre fut déplacé d'un bloc et tourné de quatre-vingt-dix degrés. Rien ne dit qu'Eugeniu Iordăchescu fût instruit de ce précédent.

dimanche 14 janvier 2018

14 janvier: La noce de Cana.

Giotto: La noce de Cana.
14 janvier: Solennité de la noce de Cana. — Dans ce récit qui ne se trouve que chez Jean (2,1-11), chaque mot compte.

Le troisième jour, il y eut une noce à Cana de Galilée. La mère de Jésus était là. Jésus aussi fut invité à la noce ainsi que ses disciples. Le vin venant à manquer, la mère de Jésus lui dit: «Ils n’ont pas de vin». Jésus lui dit: «Que me veux-tu, femme? Mon heure n’est pas encore venue». Sa mère dit aux serviteurs: «Faites ce qu’il vous dira». Or il y avait là six jarres de pierre, pour les purifications des Juifs, contenant chacune deux ou trois mesures. Jésus dit aux serviteurs: «Remplissez d’eau ces jarres». Ils les remplirent jusqu’au bord. Il leur dit: «Puisez maintenant et portez-en au maître d’hôtel». Ils lui en portèrent. Quand le maître d’hôtel eut goûté l’eau devenue du vin — il en ignorait la provenance, mais les serveurs la savaient, eux qui avait puisé l’eau — il appelle le marié et lui dit: «Tout le monde sert d’abord le bon vin et, quand les gens sont ivres, alors le moins bon; toi, tu as gardé le bon vin jusqu’à présent». Tel fut le commencement des signes de Jésus; c’était à Cana de Galilée.

Pour se substituer à l'époux négligent, Jésus transforme l'eau en vin. Lors de la dernière cène, il changera le vin en son sang. Du flanc droit de son corps crucifié, la lance fera jaillir l'eau et le sang. Si par le vin/sang, il appartient à la divinité, à ce moment d'ultime souffrance terrestre, l'eau — principe vital par excellence — est le signe de sa profonde humanité, celle du cri du désespoir: «Mon père pourquoi m'as-tu abandonné?».
Par ailleurs, cette idée n'est pas de lui («Que me veux-tu, femme?»), mais de Marie, toujours présente pour inciter son fils à la miséricorde, cet au-delà de la justice.
Enfin, cette première manifestation publique de Jésus (le troisième jour, chapitre 2 de l'évangile: «Tel fut le commencement des signes de Jésus; c’était à Cana de Galilée», mais aussi les trois jours entre passion et résurrection) se fait lors d'une noce. Sainte ma noce avec mon époux, avec l'assemblée des fidèles, avec les pierres, les plantes et les arbres, les fleurs et les fruits, les animaux des mers des airs, des terres, les hommes et les femmes des côtes, des plaines, des plateaux et des montagnes. — © Irma Cordemanu, 2018.