mercredi 1 novembre 2017

Moșii de toamnă / Ancêtres d’automne.


     En Roumanie, entre le 1er et le 6 novembre, la parenté se rassemble dans les cimetières, les églises et/ou les maisons pour offrir des lumières, de la nourriture et de la boisson aux morts de la famille. Au moins les colivă (article à venir sur le blog), préparation présente dans les rites des morts dès le néolithique, de couleur foncée à base de blé bouilli, sucre, miel, noix pilées et raisins secs et parfumée aux zestes d’orange et à la cannelle — «le grain de blé que l’on jette dans la terre, s’il ne pourrit pas, reste seul, et s’il pourrit, amène beaucoup de fruits» Jean 12, 24 —, et de la țuică (prononcer «tsouica»), eau-de-vie de prunes. Mais elle peut leur servir de véritables banquets, le plus souvent près des tombes, où il s’agit de festoyer avec les morts. Ces fêtes sont appelées «Moșii de toamnă / Ancêtres d’automne», du même nom qui désigne les préparatrices et ordonnatrices du rite, souvent les femmes les plus âgées, mais aussi l’accoucheuse du village ou au moins celle de la famille, et aussi l’entité des «Ancêtres», la collectivité de morts invités dans ces repas.

     Dans les premiers jours de juin, s'ordonne une autre semaine appelée «Moşii de vară / Ancêtres d’été». Lors de ces deux cycles, les villages s’échangent de même un pot en terre empli de colivă et planté d’une bougie.

     Aux enterrements, les colivă et la țuică sont le minimum indispensable et sont souvent accompagnées de différents gâteaux bénis par les popes, consommés et partagés avec les pauvres, afin de garantir aux morts une bonne délivrance de l’enveloppe charnelle, un bon passage au repos éternel, et aux vivants assurer une paix contre les tourments que les morts inquiets pourraient leur causer. Les colivă sont de même présentées dans un pot de terre neuf à une vieille femme à l’issue de la cérémonie funèbre. — © Irma Cordemanu, 2017.